Les jeux de rôle solo

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Alors que nous nous retrouvons toutes et tous confinés à la maison, je faisais la promo hier de quelques jeux de rôle solo quand on m’a demandé : oui mais en fait, c’est quoi le principe ? Excellente question à laquelle je m’empresse d’apporter quelques réponses. En comptant sur vous dans les commentaires pour apporter des exemples supplémentaires et vos propres retours d’expérience.

Le jeu en solitaire

Le jeu de rôle solo est aussi vieux que le jeu de rôle. On en trouve des exemples dès Dungeons & Dragons (1974, Dungeons & Dragons – Rules for Fantastic Medieval Wargames Campaigns Playable with Paper and Pencil and Miniature Figures, Gary Gygax et Dave Arneson), pour lequel Gary Gygax propose en 1975 dans un magazine (The Strategic Review, Vol.1) une génération aléatoire de donjon pour qu’un MJ puisse jouer seul.

Mais tout de suite une précision : quand je parle de jeu de rôle solo, je parle de jouer vraiment tout seul, en solitaire. C’est à dire pas dans la configuration 1 meneur de jeu et 1 joueur (que les anglophones appellent Duet).

L’idée de jouer seul à un jeu de rôle peut sembler rebutant à certains. Après tout les jeux de rôle sont des jeux avant tout sociaux. Pourquoi vouloir jouer seul ? Bien sûr c’est un jeu social, mais ce n’est qu’une approche. Les jeux de rôle permettent également de faire travailler votre imagination, de titiller votre goût pour les histoires, de plonger dans les motivations des personnages et leurs sentiments, d’explorer de vastes mondes inconnus …

Comme les jeux de rôle sans meneur, les jeux de rôle solo sont juste une autre facette de ce loisir. Les jeux de rôle en solo ne remplaceront jamais l’énergie, la créativité d’un groupe et les aspects sociaux du jeu à plusieurs. Cependant, les jeux en solo vous permettront toujours d’explorer, de créer, de vous battre, de tester et d’apprendre !

Il existe 2 approches du jeu de rôle solo : soit vous pouvez jouer seul à votre jeu de rôle habituel, soit vous pouvez jouer à un jeu spécialement écrit pour être joué seul.

Jouer à son jeu de rôle en solo

Pour jouer seul à votre jeu de rôle habituel, il vous faudra 3 choses : votre jeu, un moteur pour jouer en solo et une manière de consigner votre partie (ce peut être un journal papier, un document électronique, une caméra, un micro, ..)

Le moteur de jeu solo, c’est ce qui va vous permettre de palier à l’absence des joueurs et d’un meneur. Il va produire les éléments nécessaires pour faire avancer l’histoire. Quelques exemples.

Mythic GM Emulator

Le Mythic GM Emulator est le moteur les plus connus des joueurs solitaires. La meilleure façon d’expliquer le Mythic GM Emulator est de reprendre les mots de son auteur :

« La plupart des JDR fonctionnent selon le principe qu’il y a des joueurs et un maître de jeu, qui est responsable de la gestion du jeu. Le MJ prépare tous les détails d’une aventure, puis « dirige » les joueurs dans cette aventure. Cela nécessite généralement une grande préparation de la part du MJ et le traitement de nombreux détails. Mythic GM Emulator est différent en ce sens qu’il ne nécessite aucune préparation de la part du MJ. Les aventures sont conçues pour être jouées sans préparation, avec peut-être quelques minutes de brainstorming pour trouver la scène d’ouverture. »

Conjectural Roleplaying Emulator

Le Conjectural Roleplaying Emulator est utilisé pour répondre aux questions qu’un joueur poserait normalement à un MJ. Le CRGE mène finalement vers l’inattendu. Quel bon MJ n’ajouterait pas une surprise à l’histoire pour secouer les joueurs et les faire sortir du chemin prévu ?

CRGE est là pour créer des éléments nouveaux pour surprendre le joueur. Personne ne contrôle le jeu comme le ferait un MJ, mais le joueur a la possibilité de poursuivre sa propre vision et de s’assurer que son personnage est toujours sous les feux de la rampe.

Muses & Oracles

Muses & Oracles est un jeu de cartes au format Tarot disponibles en français en 3 formats : au format physique, au format cartes à imprimer et comme une application web. L’idée est de composer un jeu de cartes pour jouer en solo et de faire en sorte que les cartes jouent le rôle de MJ.

Selon son auteur, le génial Saladdin, les cartes « proposent diverses sections pouvant soit servir d’oracles (c’est-à-dire résoudre des actions ou des situations de jeu), soit de muses (d’inspirations quand on est en panne d’idées). On y trouve des noms, des verbes, des adjectifs qui peuvent se mêler pour créer des idées; j’ai dû pour les sélectionner… lire tout le dictionnaire en prenant des notes. « 

Jouer à des jeux prévus pour être solo

C’est pour ma part cette approche qui m’a le plus séduit. Habitué aux jeux courts proposant de règles de jeu peu ordinaires, j’ai été immédiatement séduit après ma première partie. Il existe aujourd’hui un nombre considérables de jeux conçus pour être joués exclusivement ainsi. Cette collection de 657 jeux de rôle vous en donnera un avant goût de cette diversité : The Hermit Club: list of all solo ttrpg and larp on itch.io.

Quand on joue à un jeu solo de ce type, on se retrouve avec quoi ? Un ensemble de règles qui servent à la fois de règles de jeu et de moteur pour faire avancer l’histoire. Les deux concepts sont fusionnés.

Voici une petite sélection de jeux que je vous recommande.

Après l’accident

Après l’accident fut mon premier jeu solo et celui que je recommande à chaque fois lorsqu’on me le demande. On y joue un personnage ayant survécu à un accident dans des circonstances et un univers qui va émerger lors de votre partie. Le joueur est appelé à écrire un journal de sa partie et à tirer des cartes qui vont lui poser des questions. C’est ces questions qui vont faire avancer la partie et vous aider à vous immerger.

Très simple à jouer, il ne nécessite qu’une imprimante et quelques coups de ciseaux. J’ai fait 2 magnifiques parties de Après l’accident et je vous recommande de l’essayer.

Ironsworn

Ironsworn, c’est du lourd ! Clairement le chouchou des rôlistes qui y ont joué. Disponible gratuitement et désormais en français. Le pitch pioché sur le site de l’éditeur de la VF :

Dans le jeu de rôle Ironsworn, vous incarnez un héros ayant juré d’entreprendre une quête périlleuse qui l’amènera à parcourir le monde de fantasy sombre des Terres de Fer. Le cadre « par défaut » des aventures se déroule dans les Terres de Fer. Aucune ville ici n’est prospère, et de nombreuses zones restent inexplorées et inhabitées des humains… Là où d’autres passent toute leur vie dans jamais s’aventurer au-delà des murs de leurs villages ou de leurs fermes, vous avez un destin différent. Vous avez juré des vœux qui vous mèneront vers toute une vie de dangers, d’héroïsme et de sacrifice aux frontières du monde connu.

Ironsworn brille par sa simplicité et son accessibilité. On m’a fait à plusieurs reprises la remarque qu’il ne faut pas se fier au nombre de pages jeu : tout est fait pour vous guider et vous apporter matière à jouer en campagne.

Cozy Town

J’ai déjà à plusieurs reprises parlé de ce jeu magnifique auquel je joue avec mes enfants « comme à Animal Crossing ». Et bien l’auteur.e du jeu a prévu de pouvoir y jouer en solo et présente comment le faire à la dernière page du jeu. Celui-ci est disponible à prix libre et en français.

The Beast / Dryad

Avec The Beast et Dryad, on aborde un style de jeu réservé à un public adulte qui parle de sexe avec 2 approches radicalement différente. Là où The Beast vous pousse dans vos retranchements, Dryad a pour sa part une approche plus douce – quoi que fondamentalement étrange, puisque vous y jouerez des rapports sexuels avec une Dryad.

Ces deux jeux se présentent sous la forme de cartes à piocher et dont vous consignerez les réponses dans un journal. Chaque carte vous posant une question à laquelle il faudra répondre pour faire avancer la partie.

The Best : https://www.drivethrurpg.com/product/169890/The-Beast

Dryad : https://drive.google.com/file/d/11cOMFM-UZ28aIQjT0zjm6K3p96yrL1LO/view?usp=sharing

A noter que The Beast a connu une version française, mais à l’heure actuelle je ne la trouve plus.

Des actuals plays de jeux solo

Quand on découvre le jeu de rôle, le meilleur moyen de découvrir et de comprendre comment cela fonctionne est encore de prendre part à une partie. En jeu de rôle solo, c’est un peu plus compliqué : vous vous retrouvez seul de votre table, vos dés, vos cartes et votre stylo. Heureusement Youtube et les Actual Play (parties enregistrées puis diffusées) sont arrivés et vont vous permettre de mieux vous rendre compte par vous même.

Voici quelques exemples de partie solo.

Et bien plus encore !

Je boucle cet article sur ces quelques exemples, mais comme à mon habitude je n’hésiterai pas à revenir l’enrichir dans les prochains jours. Avec sans doute d’autres manières de jouer en solo et encore plus de références. N’hésitez pas à m’aider dans les commentaires ❤️

Voici quelques ressources excellentes en français pour débuter votre propre exploration des jeu solo :


11 Comments

  1. Salut,
    Avant que j’oublie (et j’espère ne pas dire une annerie) il me semble bien qu’effectivement les droits français de The Beast ont été perdu. Pas de bol. Accessoirement, c’est un jeu solo auquel j’ai pu jouer à 2 et… c’était ma foi bien fun ^^
    Sinon, pour ma part, il est important de dire que le jdr en solo n’est pas le jdr du pauvre, de celui qui n’a pas de copains.
    C’est vraiment une autre façon de jouer et d’autres thèmes à explorer, beaucoup plus introspectif par exemple. Là, je pense notamment à Bois-Saule de Thomas Munier.
    Je pense aussi que le jdr en solo ne s’oppose pas au jdr tradi mais, au contraire, il peut le compléter.
    Jouer son scenar en solo revient au final à avoir un scenar qu’on peut ensuite faire jouer à un groupe. C’est une façon ludique de l’écrire. Et de la même façon, les jeux de types « journal » ou « épistolaire » sont des moyens ludiques et très funs de créer des aides de jeux pour une campagnes qu’on ferait jouer à un groupe.
    Enfin, les mécaniques du jdr en solo peuvent aussi s’appliquer à un groupe qui peut ainsi jouer sans MJ, en maitrise collective ou alternée.
    Un roliste me disait il y a peu qu’il débutait et se mettait aussi au solo. Je me suis permis de lui répondre que s’il commençait par le solo, après ça, il pourrait tout faire ^^ Et franchement, j’en suis convaincu 🙂 Quand on fait du jdr en solo, on peut être MJ et un PJ « pro-actif » dans des parties en groupe.
    Bon, je pense n’avoir rien oublié ^^ si c’est le cas, comme disait celui qui m’a tout piqué… « I’ll be back! » 😉
    PS: merci pour cet article, ça change des critiques que je peux essuyer 🙂
    PS2: j’ai mis un lien vers mon pti blog, histoire de voir qu’en solo on ne fait pas nécessairement de l’explo de donjon ou du jdr « mécanique » mais aussi de l’investigation, du RP etc 🙂

    • Merci Damien ! Tu es vraiment le rôliste solo de mon cœur : c’est fou cet enthousiasme que tu as, ça fait vraiment plaisir à voir ! ❤️
      Je te rejoins sur la richesse du solo. Et c’est contre intuitif car on se dit « hey ! je ne veux rien retrancher à mon plaisir de joueur aux JDR! ». Alors qu’en fait on s’enrichit énormément à jouer ainsi.

      Du coup pour faire connaître cette façon de jouer, pas de solution miracle : il faut traduire le matos de jeu ! 🙂

  2. Encore un très intéressant article, bravo pour le travail et la qualité de l’écriture! Pour ma part, je ne joue pas en solo, même si j’ai suivi tes bons conseils en potassant ce qui se faisait dans le genre. Clairement, c’est un type de jdr pouvant parler à beaucoup, autant pour découvrir les principes du loisir que pour gagner en confiance, avant d’essayer d’autres formats. L’essentiel est de faire travailler son imagination, je conçois que l’on puisse bloquer face aux imaginaires de camarades de jeu!

  3. Il y a 9 ans, je proposais sur mon blog la traduction d’un jdr solo : la quête du joker.
    http://zoubaoum.over-blog.com/article-joker-69761948.html
    À l’époque, on m’était un peu dedans, en me disant que ça n’était plus vraiment du jdr puisqu’on jouait seul (un jeu de société ou on joue seul, pfff, c’est nawak !) d’une part, et que d’autre part, pour jouerseul, il fallait être un peu « un pauvre type ». Enfin, ça n’était pas dit comme ça, mais c’est que ça voulait dire. Perso, je me foutais de ces remarques. Quand il y a eu les premières consoles de jeu, les joueurs.euses ont eu droit au même réflexion et d’autres part, ma vie sociale était (et est toujours ) loin d’être celle d’un ermite. Et puis combien même ! Du coup, 9 ans après, je suis content de voir que mon intérêt pour ce type de jeu n’était pas incohérent et content aussi et surtout de voir à quelques points les propositions ludiques sont multiples, riches et belles. Merci à toi de faire le point là-dessus. Vive le jeu !

    • Merci pour ton com, Pak 🙂 C’est vrai que la plupart des gens ont tendance à nous prendre pour des « pauvres types » comme tu dis, des mecs qui ont pas de potes… Bon, on pourrait leur répondre qu’avec leur table pleine de malbouffe on pourrait aussi les prendre pour autre chose, mais bon bref ^^
      Pour ma part, les critiques que suscite le jdr en solo en particulier et les formes « alternatives » du jdr en général sont le fruit de l’ignorance et de l’incompréhension, ce qui en dit long sur, finalement, les capacités assez limitées de ces joueurs qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas ^^
      Beaucoup de joueurs ont moins d’imagination qu’ils ne le pensent mais ça ne les empêchent pas d’être condescendants et méprisants. Pour des gens qui se disent plein d’imagination et ouvert d’esprit, c’est quand même fort de café, non? ^^
      Et si, quand on a rien de gentil à dire, on se bornait à ne juste rien dire du tout ^^
      Et si, face à quelque chose qu’on ne comprend pas bien, on se bornait à juste poser des questions, pour savoir et non pas pour mépriser.

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